La thérapie du voyage : un train virtuel pour les malades d’Alzheimer

Qu’est-ce que la thérapie du voyage ? 

Le dispositif consiste en une reproduction fidèle d’un compartiment de train, équipé d’écrans haute définition en guise de fenêtres. La thérapie du voyage par train virtuel combine technologie et empathie. Cette approche novatrice offre un nouveau moyen d’améliorer le bien-être des résidents en Ehpad. 

Les effets positifs

La thérapie du voyage a été développée en 2005 par le psychologue cognitif italien Ivo Cilesi. C’est une approche thérapeutique qui simule un voyage en train à l’aide de technologies virtuelles. Les résidents des Ehpad, notamment ceux atteints de maladies dégénératives, comme Alzheimer, peuvent ainsi s’immerger dans un environnement de train virtuel. Ils regardent défiler des paysages variés sur des écrans tout en écoutant les sons apaisants d’un voyage ferroviaire. 

Cette thérapie offre de nombreux bienfaits. Tout d’abord, elle aide à stimuler les souvenirs et l’activité cognitive des patients en leur offrant des scènes familières et apaisantes. En interagissant avec les éléments familiers du train, tels que les sièges, les fenêtres et les sons caractéristiques du voyage en train, les résidents sont encouragés à exercer leurs capacités cognitives, ce qui peut avoir des effets bénéfiques sur ces fonctions à long terme.

Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer souffrent souvent d’anxiété et de confusion. L’expérience immersive d’un train virtuel peut alors créer une routine rassurante, ce qui les aidera à réduire le stress et l’anxiété mais aussi à améliorer leur humeur. De plus, l’expérience du train virtuel offre des moments de détente et de plaisir. La thérapie du voyage procure une évasion bienvenue du quotidien, ce qui permet aux seniors en Ehpad de s’extraire de la structure médicale et de profiter d’un moment de sérénité.

Un autre effet bénéfique de ce dispositif : le bien-être apporté aux soignants eux-mêmes. “C’est épuisant de courir après une personne qui veut fuguer, et de gérer le stress de celle-ci. Cette gare lutte aussi contre le burn-out du personnel !” car, “Un des symptômes de cette maladie est l’envie de partir, de fuguer, ce qui met en danger les résidents et les épuise, car un malade d’Alzheimer peut marcher toute la journée.”, indique à Lille actu Emmanuelle Tiry, directrice de la maison de retraite Notre Dame de la Treille à Valenciennes, qui a installé un train virtuel dans ses locaux pour aider à stimuler l’activité cérébrales des résidents atteints de la maladie d’Alzheimer.

De plus, le lieu permet de vivre son métier de soignant différemment, puisque la personne malade ne fait jamais le voyage seule. Il faut toujours un accompagnant, qui prend le temps d’être avec la personne, de parler avec elle, de l’écouter, comme dans un wagon classique ! 

Vers une médication plus allégée

La thérapie du voyage est loin d’être un gadget ou un loisir. C’est un véritable dispositif médical : d’après les études et observations constatées dans les maisons de retraite, il redonne envie aux malades de manger, de boire, de parler et même de lire. Cette méthode non médicamenteuse pourrait aussi réduire la prise de psychotropes pour les résidents. “Sans arrêter la prise en charge médicamenteuse, ce type d’approche peut permettre de diminuer les dosages ou de les adapter.”, explique à Ouest France le directeur adjoint de l’Ehpad Roux du CHU de Reims (Marne) qui propose depuis à peine 2 mois le dispositif de la thérapie du voyage.

Selon Ivo Cilesi, la thérapie du voyage pourrait permettre de réduire les traitements médicamenteux administrés contre l’angoisse et l’agitation de 40%. Pour conforter ces résultats, la résidence espère commencer un projet de recherche en 2025, en lien avec le CHU.

Il convient de souligner que les effets bénéfiques de la thérapie du voyage sur la santé des résidents ont été observés lors d’une étude du CHU d’Amiens, menée entre 2022 et 2023. Ainsi, le dispositif, installé aujourd’hui dans une vingtaine d’établissements en France, permettrait “d’apaiser et de canaliser des troubles de déambulation ou d’anxiété”, qui touchent particulièrement les malades d’Alzheimer, et de diminuer “des symptômes neuropsychiatriques tels que l’apathie, l’errance, l’agitation et l’opposition.”

Mise en oeuvre dans les Ehpad

Depuis 2016, plusieurs Ehpad en France ont déjà adopté la technologie innovante du train thérapeutique. Les résidents peuvent s’asseoir confortablement dans des fauteuils, avec éventuellement des accessoires comme des casques pour une immersion sonore totale. Le personnel soignant est formé pour accompagner les résidents et maximiser les bienfaits de cette thérapie.

L’Ehpad Notre Dame de la Treille de Valenciennes : la pionnière

Le système du train virtuel a été installé pour la première fois en France il y a un peu moins de 8 ans, à Valenciennes. Ainsi, l’Ehpad Notre Dame de la Treille (qui compte 78 résidents dont 15 malades d’Alzheimer) aussi récent que moderne, a expérimenté dès octobre 2016, une gare virtuelle. Une pièce de l’établissement a été métamorphosée en véritable décor de gare : panneau d’affichage, horloge, banc pour patienter, guichet, tout y est ! La fenêtre du train ? C’est une télévision à écran plat.

Les résidents s’installent, quant à eux, dans le wagon sur de confortables fauteuils en cuir rouge, disposés en vis-à-vis. Le train démarre, les paysages défilent. Accompagné par un soignant, le patient prend place dans le wagon, sur l’un des quatre sièges du train. Les images défilent à l’écran : campagne, ville, mer, avec des décors changeant selon les saisons. C’est un voyage immobile qui, selon Emmanuelle Tiry, directrice de l’Ehpad, « apaise le malade » indique t-elle à Lille Actu. Elle ajoute : « C’est un moment privilégié d’écoute, qui réduit les troubles de l’anxiété, l’agressivité, et la déambulation. » 

L’un des objectifs principaux de la thérapie du voyage est de prévenir les déambulations des malades, qui, incapables de rester en place, peuvent parcourir jusqu’à 10 kilomètres, risquant ainsi de se blesser ou de se perdre. La maladie d’Alzheimer est en effet caractérisée par une agitation incessante. Laura Drissi, infirmière coordinatrice, explique, à Lille Actu, que cette thérapie permet aux patients de « partir virtuellement », ce qui réduit leur besoin de déambuler constamment. Un autre risque associé à ce besoin de marcher est la fugue. Bien que la maison de retraite soit sécurisée, le personnel doit rester vigilant. Avec ce train virtuel, Emmanuelle Tiry souligne : « on organise la fugue ». 

Ces voyages organisés durent entre 15 à 45 minutes. « L’objectif est de créer un pont émotionnel avec la mémoire. », explique Laura Drissi. « On pourra proposer du tricot ou de la lecture à bord du train, pour réactiver un plaisir ancien pour certains patients. » Par ailleurs, 10 personnes composant le personnel soignant ont été spécifiquement formées par l’initiateur de ce projet, le docteur Cilesi, médecin dans une unité de vie Alzheimer à Milan (Italie). 

L’Ehpad Roux du CHU de Reims : un partage d’expérience 

Le 22 mai 2024, le hall de l’Ehpad du CHU de Reims (Marne) s’est transformé en une véritable gare, pour offrir un voyage en train virtuel et immersif à ses résidents. Ce projet, baptisé “Grand Via, la thérapie du voyage !”, est destiné aux quelque deux cents résidents qui souffrent de maladies dégénératives, de troubles cognitifs et d’anxiété.

Avec un investissement de 30 000€, ce projet vise, bien entendu, à apaiser les résidents, réveiller des souvenirs et encourager les échanges. À bord du Grand Via, les résidents de l’Ehpad du CHU de Reims, dont certains sont atteints d’Alzheimer, peuvent profiter des paysages qui défilent sur un grand téléviseur faisant office de fenêtre. D’ailleurs, comme d’autres structures, l’immersion commence dès le hall, où un décor de gare grandeur nature a été reconstitué.

Kelvin Bachellé, directeur adjoint de l’Ehpad, explique à Ouest France : “Le voyage permet de raviver des souvenirs et donc de stimuler la mémoire de nos résidents mais aussi de développer le dialogue avec le personnel soignant et les familles.” Les sessions de voyage durent de dix à trente minutes. Il a été observé que cette thérapie facilitait également le dialogue entre les résidents, leurs familles et les professionnels de santé. Financé par le CHU de Reims, la Fondation des hôpitaux de Paris et la Caisse nationale de Solidarité pour l’Autonomie, “Grand-Via la thérapie du voyage” prévoit d’accueillir prochainement des enfants pour favoriser le partage d’expérience et de souvenirs, ainsi que de s’étendre aux trois autres résidences du CHU.

Ce qu’en pensent Jeanine et Huguette de Gisors 

L’hôpital de Gisors a installé au printemps 2023, en Normandie, la toute première cabine de voyage virtuelle destinée à des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, rapporte le reportage de France 3 Normandie. L’établissement a pensé à tout, dans les moindres détails afin de rendre l’expérience du voyage en train la plus réaliste possible. Tout y est : un contrôleur, un écran d’affichage des trains, et même le billet. Une animatrice enfile la casquette de cheffe de gare (interrogeant les passagers sur leur destination), tandis que l’autre se charge de l’accompagnement. Jeanine et Huguette, deux octogénaires touchées par la maladie d’Alzheimer, optent pour prendre le train, direction Lille. Une fois confortablement installées dans les fauteuils moelleux de la cabine, un paysage inhabituel défile sous leurs yeux grâce à la fenêtre virtuelle. On s’y croirait presque !

Entre deux paysages très réalistes, des images d’animaux de la savane sont diffusées. On est loin d’un trajet Gisors-Lille. Peu importe, ces images stimulent la mémoire et évoquent des souvenirs. « Vous avez déjà vu des animaux comme ça ? » demande l’accompagnatrice. « Moi non. Mais ma sœur oui », se remémore tendrement Jeanine.

A la fin du voyage, Jeanine et Huguette en ressortent émues, heureuses et apaisées. Le bilan dressé avec le personnel soignant afin d’évaluer les effets sur le comportement des bénéficiaires en témoigne. Le but a donc été atteint ! Il est important de réaliser cette évaluation car « Quand on a une maladie neurodégénérative, on va avoir des troubles cognitifs, certes, mais aussi des difficultés psycho-comportementales (…) cette activité leur permet un certain apaisement.” précise au micro de France 3 Normandie, Blandine Philippe, psychologue.

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